C'est fini, j'arrête de me battre pour un monde en lequel je ne crois plus vraiment. Plus j'y pense, plus je me cogne aux mêmes réalités, celles qui blessent, qui nous crient de changer, de prendre une autre route. Vous est-il déjà arrivé d'ouvrir les yeux ? De vous rendre compte que tout ça n'avait aucun sens, et qu'à force de chercher toujours la même chose vous vous perdiez ? Je me perds, je ne sais plus ce que je veux. J'ai confié trop de moi ici, il y a trop de secrets, trop de vices, trop de vérités, qui se sont plantés sous vos yeux, sans que vous ne vous en rendiez vraiment compte, j'ai livré de moi trop de cicatrices, trop de pages intimes. Il n'y a aucun texte qui ne me représente pas. Si vous avez tout lu, vous me connaissez mieux que ma propre famille, vous me connaissez mieux que lui, que j'ai tant prétendu aimé. A quoi ça rime ? D'avoir mal à ce point, d'aimer ainsi ? A quoi ça rime cette vie qui en revient toujours à cette même souffrance, celle qu'on fuit sans cesse ? On court après un bonheur qui existe à chacun de nos pas. On se voile la face, on ferme les yeux, on écoute les prières lancinantes de mille mélodies. A quoi ça rime ? Ce monde ne m'aide pas, il ne me vient pas en aide, il ne me tend pas la main. Je suis désolée si je parais égoïste, si je parais sans coeur, si je parais fausse. Je suis désolée, mais ça ne m'attriste pas. Je ne veux plus de ce monde qui reflette bien trop nos vies réelles, ce monde où nous sommes tous des rapaces, des oiseaux qui pillent un peu partout. Je ne veux plus tomber sur vos maux, qu'ils me fassent penser à mes faiblesses. Je ne veux plus de tout ça, de toute cette hypocrisie. Ca ressemble tellement à la vraie vie. Je suis désolée si certains ne comprennent pas, peut-être n'ont ils pas encore pris assez de recul, peut-être même que je suis la seule à voir tout ça, peut-être que certains penseront que je m'y suis trop attachée. Possible, je n'en sais rien, et peu importe. Toutes mes failles, vous les connaissez, chacun de vos mots pourrait me blesser, je ne veux plus de ça, parfois quand je viens ici, j'oublie qui je suis vraiment. J'oublie cette fille pleine de joie, pleine d'entrain qui m'habite parfois, j'oublie cette fille qui grandit, qui s'installe, qui essaye d'avancer malgré les difficultés de la vie. Oui, parfois je l'oublie, parce qu'elle fait trop face, et qu'à trop écrire je m'échappe dans une symphonie de plaintes. Autour de moi, il y a tout ce dont on pourrait rêver, et j'ai oublié tout ça, j'ai oublié comme j'aimais écrire, je ne fais que taper sur ce maudit clavier. Ca va faire quatre ans que petit à petit je m'enferme dans ce monde, je suis sûre que certains comprendront mon désarroi, je suis trop là. Même sans laisser de trace, je suis vos mondes, vos chemins, vos pages, je m'installe entre vos pensées, entre vos vies. Celles que vous poursuivez à trop fuir la réalité, à trop fuir la main d'un ami. Je ne veux plus courir la vie, ni même mourir les chemins. J'ai trop utilisé les mêmes mots, et je ne sais même plus pourquoi. Je suis comme tout le monde, j'empreinte des chemins, des impasses, des gouffres, j'ai mes misères, mes fous rires, et mes passions. Et si je ne suis pas comme tout le monde, j'essaie. A quoi ça rime de vouloir être différent ? Je ne sais pas tout ça, non je ne sais pas. Je me crée mes illusions, je m'invente mes réponses, et quand elles ne me suffisent pas j'en cherche d'autres. On s'est trop rencontré aux mêmes coins, on se croise entre la nostalgie, l'amertume, la douleur, la peine, la rancoeur, parfois la joie, trop souvent la détresse. Les nostalgies, les amertumes, les douleurs, les peines, les rancoeurs, les joies, les détresses. Elles s'accumulent, se croisent, s'enlacent, sont si nombreuses qu'on ne les compte plus. On se tient la main parfois, on essaie, on s'envoie quelques mails, on se laisse des commentaires. Mais que peut-on dire vraiment ? Peut-on même se comprendre ? Je ne comprend plus pourquoi nous partageons nos galères, pourquoi cet éphémère de perte, d'abandon. Je ne sais plus tout ça, si j'ai jamais su. Il a été le premier, il m'a fait basculer dans ce monde d'ironie, ce monde obscure, si faible parfois. Je dois l'avouer, à trop l'aimer, à trop le désirer, je suis tombée ici, après les sentinelles, et les carrefours trop loin des rêves. J'en ai perdu des amis, j'en ai perdu une partie de ma vie. J'ai oublié d'affronter mes peurs, j'ai abandonné tous les combats, il n'est resté que celui-là. Je dois l'avouer, j'ai été faible, face à leurs regards, face à mon mal être, face à leurs mensonges surement. Mais qui mentait le plus ? Je ne sais pas. Peut-être bien que c'était moi. J'ai fui, je n'ai pas réussi à aider un ami, je l'ai perdu, et si aujourd'hui je me cherche des excuses, c'est juste pour éloigner la honte et les remords. Rien ne pourra jamais me pardonner, ni même personne. Seulement voilà, je suis partie. Et je vous ai rencontrées. Si on veut partir, autant le faire bien. Aucune de vous ne peut réellement comprendre, on ne peut pas prétendre ça. Je ne peux pas vous comprendre, non plus. Aujourd'hui, je croise encore quelques amis parfois, mais je dois avouer que je ne comprend plus, et je ne cherche plus à le faire. Je sais les épreuves que tu vous avez parcouru, mais je suis désolée, je n'ai pas pu être là, et je ne serai jamais là, parce que c'est trop, trop loin. J'aurai besoin de connaître vos rire, vos silences, j'ai besoin de tout ça. On ne peut pas adorer quelqu'un pour ses mots, parce que ça ne le construit pas vraiment. Je suis désolée de douter autant, mais c'est ainsi. Je ne veux plus de cette hypocrisie. Quand je me ballade entre vos mondes, j'ai l'impression d'être une étrangère, une intruse, une inconnue. Mais ce n'est pas qu'une impression, c'est ce que je suis. Je sais bien qu'encore une fois je me cherche des excuses, qu'encore une fois je vais fuir. Je suis une inconnue. Et pourtant, je connais vos prénoms, je connais vos mots, mais ce n'est pas vous. Ca ne représente pas assez pour moi, je n'ai jamais été douée pour être là, je ne sais pas vraiment écouter, je ne trouve souvent pas les mots, et je doute sûrement trop. J'ai peur d'échouer, de décevoir, j'ai peur de faire du mal, comme je vous en ai déjà fait. Si je fuis tout ça, c'est parce que ça fait mal, c'est douloureux de s'ouvrir à quelqu'un, de sentir les larmes monter, mais de ne pas vouloir les faire couler, parce que c'est trop tôt. Peut-être que c'est trop de souffrances de vivre ici, dans l'inconnu, dans l'ombre, peut-être que c'est autant de souffrances que cette réalité. Je ne sais pas, je ne sais plus. Mêler les deux m'a changée, je ne veux plus changer, j'ai peur de ne pas être à la hauteur. Les mots m'ont sauvée. Ceux que j'ai utilisé pour faire couler l'encre plus que le sang, chacun sa drogue, chacun ses mutilations. Muse... Mais combien de liens pouvons nous tisser ? Vous êtes mes inconnues, vous êtes mon coin secret. Si je me promène encore ici parfois, c'est parce que ça ne m'aide pas. Non, ça me sauve. De lire et d'écrire, de sentir que je ne suis pas vraiment seule, et que peut-être quelque part quelqu'un comprend tout ça. Mais de l'autre côté du mur, ils m'attendent, ils attendent que j'aille bien, que je me relève, que j'arrive à rire plus fort que mes larmes, et que j'arrête de me perdre ici. Ils attendent, ceux là, qui existent sûrement dans vos vies aussi. Il suffit de leur ouvrir la porte. Ouvrez la porte, ouvrez vos coeurs. Il ne suffit pas d'y croire. Non, il faut bien plus que ça. Je quitte ce monde qui a tant compté pour moi. On se reverra, je ne sais pas si je reviendrai. Mais on se reverra. Ici ou ailleurs peu importe, on accomplira certains de nos rêves, on en laissera tomber d'autres. On tombera en amour, on aura des coups de coeur, surtout de folie, des passions, des aventures sans lendemain. On se crée tous une vie, on choisit de quoi on veut qu'elle soit faite. Je ne veux plus de tout ça, de ces allers retours. Ce n'est pas un adieu, pas même un au revoir. Ca compte pour si peu d'entre vous. Il y a tant de vos prénoms que je ne connais pas. Mais certains restent là. Même ceux là, qui n'ont pas été écrits. Et plus loin, il y a leurs sourires que j'aime à apprendre par coeur, leurs larmes que j'essaie d'essuyer, leurs bras dans lesquels je pourrais toujours me jeter. On a besoin de tout ça pour avancer. Plus loin que les mots, plus loin que les silences. Au delà de tout ça. J'aime à vous lire, j'aime à me glisser dans vos histoires, mais peut-être qu'elles ne sont qu'inventions, je n'en sais rien. La vérité ne se trouve pas là, et on a besoin d'elle pour avancer. Je ne relirai sûrement pas tout ça, alors bon courage. Et peu importe.